BALEINE ECHOUEE SUR CANAPE

Isabelle: « Je ne sais plus quoi faire pour que ma fille de quinze ans se mette enfin à travailler, elle passe ses journées sur le canapé ».

Avoir une ado sur son canapé qui n’en fiche pas une, c’est déjà agaçant. Mais quand on imagine tout ce qu’elle pourrait/devrait faire de constructif pour assurer son avenir, ça peut même rapidement devenir inquiétant.

« Oui, c’est inquiétant! Car si elle ne fait rien, si elle ne travaille pas, si elle n’étudie pas, elle va avoir de mauvaises notes.

Et si ses notes sont mauvaises, elle risque de rater son année.
Et si elle rate son année, elle risque de devoir recommencer.
Mais si elle recommence, elle travaillera encore moins l’année prochaine.
Et comme elle ne travaillera pas assez, elle va à nouveau rater son année et se fera exclure de son école.
Et si elle est exclue, elle ne pourra plus faire d’études.
Et si elle ne peut plus faire d’études, elle devra trouver un travail.

Un travail qui ne lui plaira pas car elle n’aura pas fait d’études! Et ce sera bien sûr à cause de moi, car je n’aurai pas réussi à la motiver »!!!

Ah bon!? Vraiment? Jusqu’à quel point sommes nous responsables de l’avenir de nos ados? Il y a bien sûr une part de responsabilité qui nous incombe en tant que parents. Comme par exemple, assurer un cadre de vie suffisamment confortable pour leur permettre de grandir en sécurité.

Mais comme le dit le proverbe: « On peut emmener le cheval à l’abreuvoir, mais on ne peut pas le forcer à boire ».

Et très paradoxalement, plus Isabelle cherche à motiver son ado:
– gentiment, dans le dialogue et la compréhension dans un premier temps,
– puis un peu plus fermement dans un second temps, avec, par exemple, une proposition de plan d’actions (« allez ce soir, on va travailler ta chimie pour ton test de jeudi… »),
– pour finir par lui hurler dessus « qu’elle ne la supporte plus en mode baleine échouée et qu’elle a intérêt à se mettre à travailler et à réussir son année »,
plus elle semble s’enfoncer de plus en plus profondément dans le confort du canapé.

A croire qu’elle le fait exprès!

Mais après tout, qui est la plus motivée des deux à réussir? A qui appartient la réelle responsabilité de réussite?

Peut-être Isabelle devrait-elle faire les devoirs de son ado et passer les examens à sa place pour être vraiment sûr de sa réussite…?

De façon générale, il n’y a bien sûr pas de bonne réponse dans ce type de cas de figure. D’autant plus qu’une situation n’est pas l’autre et doit s’appréhender au cas par cas. Néanmoins, il est quasi certain que tant que la situation ne sera pas suffisamment inconfortable pour votre ado, il/elle ne bougera pas. Et lui crier dessus ne sert à rien, car il/elle a appris depuis longtemps à faire avec cet inconfort là.

D’autres pistes de réflexion sont possibles.

Vous pourriez passer en mode « Tanguy », par exemple. Comme dans le film du même nom, où les parents excédés par leur fils trentenaire qui ne décolle pas de la maison, décident de mettre en place toute une série de « sabotages bienveillants » pour le faire décamper.

Ou bien: si vous oubliez, malencontreusement de payer la facture télé et internet, il est peu probable qu’il/elle continue à trainer sur votre canapé…

Ou encore, une attitude différente par rapport à vos messages de confiance vis-à-vis de son intelligence et ses grandes capacités de réussite: « j’ai bien compris mon chéri/ma chérie que le niveau est trop élevé pour toi. J’ai parlé à un ami qui tient un restaurant, il serait prêt à t’embaucher à la plonge pour le reste de l’année ».

Et bien d’autres …

Une dernière réflexion: et si vous saviez aujourd’hui, avec une certitude absolue, que quoi que vous fassiez, vous ne pourriez éviter à votre ado d’échouer dans ses études et de devoir trouver un travail inférieur à vos attentes, que feriez-vous de radicalement différent aujourd’hui?

 

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